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Samedi 14 mai 2005

 

Les arguments avancés dans la société par les hommes pour ou contre le clonage humain sont nombreux. Nous allons d'abord nous intéresser à l'attrait et les motivations des hommes pour le clonage.

 

Ces arguments reposent donc sur :

 

-la possibilité de créer en différé dans le temps un nouvel être humain identique à un de ces congénères suite au décès d'un enfant ou d'un proche par exemple.

 

-une technique supplémentaire pour les parents infertiles, pour les mères célibataires, pour les couples homosexuels qui invoquent un droit à l'enfant.

 

-faire naître un "enfant thérapeutique" pour ses potentialités de compatibilités avec une personne nécessitant une greffe.

 

-assurer l'immortalité, pensée beaucoup répandue dans les sectes par exemple, avec un désir fort de résurrection.

 

-élitisme de la société avec une sélection des enfants les plus forts et les plus intelligents, de soldats intrépides et infatiguables, de savants performants....

 

-les postes de pouvoirs pourraient être réservés à des individus présélectionnés, à des élites.

 

-les intérêts financiers seraient considérables, notamment avec le marché de la reproduction, les brevets des techniques, ce qui permettra aux entreprises telles que CLONAID de toucher des "royalties" sur toutes les naissances provoquées par son procédé.

 

-enfin un argument est que si les recherches sur le clonage humain devaient aboutir un jour, pourquoi priver la population de nouvelles thérapies ou des progrès agronomiques ?

 

-intérêt personnel à rentrer dans l'Histoire en étant le premier à réaliser le clonage d'humain, fantasme à ce jour encore non-réalisé.

 

 

 

 

 

Les arguments retenus contre le clonage humain sont les suivants :

 

-ce procédé nécessite un grand nombre d'ovocytes et de mères porteuses, il est en plus très onéreux donc inégalitaire. L'autoriser aboutirait à la création d'un nouveau marché hautement lucratif lié au clonage et à ses "matières premières" ainsi qu'une mercantilisation du corps.

 

-cloner une personne consisterait à façonner un être selon sa propre volonté, en prédéterminant ses caractéristiques génétiques qui sont le fruit du hasard dans la reproduction sexuée. On décidera de tout pour lui, ne serait-il pas alors une nouvelle forme d'esclave ?

 

-l'être humain ne doit pas être utilisé comme moyen en vue d'une fin, il ne doit pas être instrumentalisé.

 

-les jumeaux ont de la peine à trouver leur identité, ainsi d'un point de vu psychologique, un être humain obtenu par clonage aurait encore plus de peine. Il ne serait pas lui même, ne serait pas reconnu pour ce qu'il est puisque le clonage aurait pour effet de supprimer la valeur symbolique du corps et du visage humain.

 

-l'être humain produit par clonage ne serait pas voulu pour lui même.

 

-cette manière de reproduction abolirait un élément essentiel au sujet humain : la filiation, l'être humain s'inscrit dans un lignage. Exclure tout lignage serait une perte de l'identité humaine.

 

-conception d'individus "sur mesure", privés de leur libre-arbitre, dans le seul but d'avoir des caractéristiques génétiques prédéterminées. Or ces caractéristiques sont le fruit du hasard dans la reproduction sexuée, c'est elle qui nous permet d'être différent les uns des autres, c'est elle qui nous fait évoluer depuis le stade de la bactérie. Le clonage humain irait donc contre les mécanismes de l'évolution de la vie et amèneraient à une dégénérescence de l'espèce humaine.

 

-le clonage serait reproduire la vie comme une bien de consommation.

 

-il y aurait un danger de trop grande pression économique. En effet, l'économie pharmaceutique viendrait prendre une place croissante ds la reproduction humaine. Il y aurait une véritable compétition entre les laboratoires, ce qui pourrait amener à toutes sortes de dérives sous l'emprise de l'enjeu économique.

 

 

 

 

   

On constate donc que les arguments contre semblent bien plus forts que ceux relevés en faveur du clonage humain. Mais les avis divergent encore sur la question quand on y introduit le sujet du clonage thérapeutique. La plupart des scientifiques se positionnent contre le clonage reproductif (qui a pour visée d'obtenir un être humain) mais les avis sont plus divers en ce qui concerne le clonage thérapeutique.

 

 

 

publié dans : L'éthique
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Vendredi 13 mai 2005

    Si l'on pouvait résumer la problématique du clonage humain, cela tournerait du côté de l'interrogation : à partir de quel stade qui suit la fécondation peut-on considérer que l'on a affaire à un être humain ? Telle est donc bien le véritable problème qui se pose à nos yeux.

 

 

     

En effet, avant de se préoccuper du clonage de cellules, il est nécessaire de se confronter à une question philosophique : quand commence la vie ? C'est le point de départ du clonage et l'on peut dire aujourd'hui que les avis sont partagés à ce sujet. Le Comité Consultatif National d'Ethique n'a pas encore réussi à trancher sur cette question tant elle est difficile. Personne n'est d'accord sur ce sujet, mais le Comité a tout de même réussi à mettre au point une définition de l'embryon qui stipule qu'il est déjà une personne potentielle.

 

D'un côté, les partisans de l'utilisation des cellules souches embryonnaires, qui considèrent que jusqu'au stade quatorze jours (apparition du système nerveux), il ne s'agit pas d'un embryon mais d'un pré-embryon. Dans ce cas, on pourrait utiliser les cellules prises sur un pré-embryon pour le clonage thérapeutique et les faire se reproduire. Un autre argument soutenu par cette partie avance qu'il s'agit d'une fabrication d'embryon par transfert de noyau, il n'y a pas eu procréation puisqu'il n'y a pas eu de fusion de gamètes. Ce n'est alors pas une fécondation mais fabrication d'un amas de cellules.

 

D'un autre côté, les opposants au clonage sous toutes ses formes avancent que la distinction embryon/pré-embryon n'est pas satisfaisante. On considère en effet qu'un stade embryon à 4 cellules aboutira à un petit être vivant de 50 cm. Mais quelle est la différence entre ces deux stades ? Certaines philosophie y répondent en admettant que oui, même au stade une cellule à 2n chromosomes qui sort tout juste de la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde, il s'agit d'un être vivant. Mais les parties s'opposent sur cette théorie purement philosophique. Aucune preuve technique ne peut être avancée, ce sujet n'est du ressort que de l'abstrait.  Pour eux, le clonage vise à instrumentaliser l'embryon, à l'assimiler à un objet que l'on sacrifierait pour le manipuler à sa guise, pour en faire une matière première. Un embryon serait crée et ne vivrait que pour l'autre et non pas pour lui. Ce qui ressort souvent de cette argumentation est que l'embryon est un être humain potentiel, comme l'indique la définition de Comité Consultatif National d'Ethique, et est donc digne des mêmes droits moraux qu'une personne. On devrait donc respecter la vie dès son origine, c'est-à-dire dès la fusion des gamètes.

 

 

 

  

Mais le problème ne se rapporte pas seulement à deux camps opposés quant au statut de l'embryon, c'est encore plus complexe. En effet, une autre théorie vient s'ajouter qui stipule que l'embryon n'existe qu'en fonction du projet parental qu'on lui porte. Pendant que certains font référence au stade quatorze jours, étant décelable par l'apparition du système nerveux, qui seraient le stade à partir duquel le pré-embryon deviendrait embryon pour baser leur théorie, d'autres se basent plutôt sur la période de nidation de l'oeuf dans le col de l'utérus. Avant ce stade, il aurait toujours la possibilité de se scinder en deux et ainsi aboutir à des jumeaux. De plus, une fois implanté, son avenir est lié à la mère, mais il n'a pas d'avenir propre. Mais avant ce stade, il est sous la dépendance de la volonté de la femme et de l'homme qui en sont à l'origine, il se situe entre chose et personne.

 

On commence à percevoir l'étendue des problèmes que pose le clonage d'un point de vue éthique. A partir d'un sujet apparemment simple mais extrêmement philosophique tel que le statut de l'embryon, de nombreux autres sujets s'y rapportent comme l'utilisation d'embryon surnuméraires (embryons obtenus en surnombre en laboratoire par fécondation in vitro et de toute façon destinés à mourir). Pourquoi donc s'attarder sur le caractère sacré d'un embryon de cellules indifférenciées sans projet parental, sur lequel on hésite à l'utiliser pour des fins de recherches, et autoriser de l'autre côté l'interruption volontaire de grossesse pour des foetus bien plus âgés ?

 

 

  

Définir le statut de l'embryon comme étant ou n'étant pas une personne constitue donc un piège, car la réalité est beaucoup plus subtile, la science n'ayant pas de réponse à cette question. Il existe une ambiguïté car l'embryon n'est pas un être humain achevé, il est en devenir. Il a une valeur dès le départ car il a une capacité à se développer et devenir un être humain achevé. La question suscite donc de grandes interrogations qui seront peut-être un jour résolues par la science mais pour l'instant c'est du ressort de l'avis de chacun.

 

La question éthique centrale du statut de l'embryon peut se résumer à savoir si au nom du progrès de la médecine, l'embryon humain peut-il (et doit-il) être considéré comme une chose, taillable et corvéable à merci ?

 

 

 

publié dans : L'éthique
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